Episode 2 : la course... poursuite
J’en suis arrivé à une certitude, si je ne brise pas immédiatement le cercle qui est en train de se former, je servirai de garde mangé à ces fous furieux. Je n’ai pas non plus de doute sur la folie présumée de ces mines d’horreur. Ce n’est plus une poignée d’individus, mais bien des dizaines qui affluent. Leur nombre semble croître indéfiniment. Je me mis à courir. J’esquive de justesse un premier assaut sanguinaire. Loué soit mon corps qui semble réagir de façon synchrone à mes ordres. Je n’en attends pas autant. Il faut avouer que cela fait une éternité que je n’ai pas pratiqué un sport. N’en parlons pas de ma pratique antédiluvienne des arts martiaux. Pourtant, tout fonctionne encore, avec beaucoup de maladresses cependant. Avec les poumons en feu d’avoir trop à respirer à nouveau, je brise le nouveau cercle qui vient de se former. Au début, c’est avec les pieds que je dégage mon chemin. Mais je dois vite improviser une arme en ramassant une barre de fer qui se trouve sur le chemin. Je comprends qu’il faut absolument que j’évite une seule morsure. En m’extirpant de la meute à grand renfort de coups comme on le fait avec un coupe-coupe dans la jungle. Un travail besogneux à la limite de la hargne. La voie dégagée, je m’apprête à piquer le « sprint » de ma vie quand j’entends un cri venant du côté droit. Parmi les grognements immondes, un hurlement de petite fille se fait entendre. Comment cette gamine s’est retrouvée là ? Je me maudis de poser une question absurde en pareille circonstance. C’est en hurlant à mon tour comme un possédé que je me lance au secours de la fillette balayant tout sur mon passage. Il n’y a pas à dire, un cri de guerre, ça rend toujours service ! Au bout d’un effort surhumain, je réussis à arracher le bras de la gamine et à la tirer de la meute assoiffée de sang. Vu la façon je lui tire sur le bras, je m’étonnerai pas qu’elle puisse avoir des bleus le lendemain. Pour l’heure, il s’agit de survivre ! J’irais plus vite en la portant...
Je ne sais plus combien de temps j’ai couru avec la petite fille dans les bras. Je n’ai même pas eu le temps de regarder de quoi elle a l’air. Je ne sais même pas si elle est blessée ou pas. En tout cas, elle semble vivante et « humaine ». Comment j’ai pu aller aussi loin jusqu’à maintenant ? Les poursuivants sont toujours à dix mètres derrière. Pourtant, mon thorax commence à me faire mal. Ma respiration doit être aussi bruyante que celle d’un buffle. En temps normal, je me serais effondré en pestant « je suis fatigué... ». Pourtant, je dois continuer. Ma protégée doit sûrement avoir peur si elle prête attention à mes battements de cœur qui semblent vouloir s’emballer de plus en plus. Je suis à la limite de la rupture physique. Parfois, j’ai l’impression d’avoir mon cœur sur ma tempe droite, je sens le tambourinement frénétique de mes artères.
À bout de force, je trébuche sur un pavé et je m’écroule au sol avec mon colis. Nos agresseurs en profitent pour pour se jeter sur nous. Cette fois-ci, j’ai l’impression que l’heure est venue de vous dire « au revoir » ou « adieu ». Je repousse avec une conviction éteinte les premières tentatives de morsures tout en jetant la petite derrière moi. Le nombre finit par me noyer quand toute cette masse de mâchoires dentée se projette violemment par-dessus mon épaule. Je comprends rapidement qu’on vient à mon secours. C’est ma nièce et elle manie drôlement bien le volant grâce aux vieilles leçons de son tonton ! En moins de trois battements de cœurs, je m’embarque en poussant la gamine au fond, elle semble indemne. La voiture transporte déjà quelques rescapés. Nous allons devoir nous serrer et lutter ensemble si nous voulons survivre.


